Editorial d’Agnès Aflalo, LNA n°10

Boiter n’est pas un péché
La science et le capitalisme sont unis pour le meilleur et pour le pire depuis leur avènement.  Mais, c’est après la Seconde  Guerre, au Japon, qu’ils ont enfanté  le monstre de l’évaluation.  Elle s’est ensuite répandue comme  une traînée de poudre dans le  monde grâce aux adeptes des TCC.  Ils rêvent, en effet, de traiter le  personnel de l’usine comme les   moteurs qu’ils fabriquent pour améliorer la productivité. La  culture de l’évaluation repose sur l’idée simple qu’il n’y a  presque pas de différence entre l’humain et l’objet. Simple  question de qualité à chiffrer. La qualité est alors devenue le  maître-mot au nom duquel la traque des vivants a commencé,  car la qualité, qui fait la différence, c’est la vie elle-même.
L’évaluation – avec sa culture du tout chiffrable – n’est pas  seulement rebelle à la vie, elle la pourchasse jusqu’à la mort.   D’abord, elle supprime la parole et la remplace par des questionnaires  à cocher. Puis, elle traque la libido avec des calculs  loufoques qui prétendent venir à bout de son opacité pourtant  irréductible et paralysent ainsi le mouvement même qui anime  chaque vivant. Stigmatiser l’activité « en trop », à rééduquer,  n’est que la partie visible de la machine de chiffrage qui mortifie  chaque vivant au nom de la quantité. Enfin, l’évaluation  accélère la dématérialisation du lien social à coup de télé- transmissions en tout genre. Privé de parole, de possibilité de  mouvement, et amputé du corps à corps salvateur, le malaise  cristallise en désespoir conduisant au suicide. Du jardin  d’enfants aux maisons de retraite, pas un citoyen n’échappe  aux faux prophètes de l’évaluation. Aucune autre culture ne  produit autant de morts en temps de paix.
En cinquante ans, la culture de l’évaluation a colonisé les  plus nobles institutions de nos démocraties : économie, université,  justice, santé, etc. personne n’échappe à l’endoctrinement  ravageant de l’évaluation au point que la liberté,  véritable peau de chagrin, rétrécit au lavage de cerveau en  règle qu’elle lui administre de force. La crise financière donne  pourtant l’idée du bénéfice à tirer de telles évaluations. Le   consommateur étouffe le citoyen dont le rêve démocratique  s’étiole. La crise des universités montre à quel point le savoir  est gangréné par l’évaluation qui le réduit toujours plus à des  martingales de chiffres aussi ineptes qu’inutiles. La justice  risque, elle aussi, de succomber depuis que les experts en évaluation  de l’âme ont décidé de passer au-dessus des lois pour  imposer la leur : incarcération et maintien en détention à leur  idée et non pour crime ou délit.
La vraie prise du pouvoir a eu lieu en 1978, à l’OMS.   C’est à ce moment-là que les adeptes des TCC ont inauguré le  règne d’une bureaucratie folle qui a ensuite gangréné les autres  administrations d’Europe. En remplaçant l’idée de  maladie mentale par celle de santé mentale, les adeptes des TCC  ont ouvert l’ère de la psychiatrisation forcée de nos sociétés.  Car, depuis lors, ce sont les préjugés des psychiatres qui  décident ce que doit être le bonheur conforme à La santé  mentale et qui dictent ainsi la politique de santé publique.  Chaque citoyen se voit donc appliquer, comme pour les  moteurs, la loi du zéro défaut. C’est à peine possible dans le  monde inanimé des objets, alors pour les humains, le défaut  qu’est la vie doit cesser. Une fois admise l’identité du carnet  de santé d’un moteur et d’un humain, la santé mentale est  calculée grâce au symptôme biopsychosocial et autres risques  psychosociaux. Ils ont été fabriqués pour faire entrer chacun  dans des catégories à normaliser au nom de ladite santé  mentale. Plus l’évaluation fait croire que le bonheur, c’est  plein d’avoir dans les armoires et plus elle impose son diktat  aux êtres. Alors, il n’y a plus d’autre choix que de se  conformer ou de disparaître. Le rapport du Centre d’Analyse  Stratégique sur la santé mentale montre à quel point l’évaluation  est devenue un État dans l’État. Elle veut gouverner  sans l’avouer aux politiques qu’elle prétend servir et sans  risquer le verdict des urnes.
Dans cette folle lutte contre les défauts humains, l’acte et  ses effets incalculables sont rejetés. Les suicides de masse  démontrent qu’il ne manquera jamais d’Antigone pour le rappeler  et refuser la soumission au Créon bureaucrate qui a pris  le pouvoir en silence. Seul un acte politique pourra faire cesser  le massacre. Ne peut-on, d’ici-là, se souvenir que, même  pour les Écritures, boiter n’est pas un péché ?
Agnès Aflalo

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22 réponses à “Editorial d’Agnès Aflalo, LNA n°10

  1. Jospin est votre soutien : il parle sur LCP (Bibliothèque Médicis) pour dire : « les livres ouvrent l’esprit; tous les livres que j’ai lus dans l’année passée sur la Chine m’informent bien mieux que toutes les statistiques sur la Chine ».
    Les gens intelligents et sensibles sont en train de se faire massacrer dans les boîtes, si les managers décident qu’ils ne valent rien tout en coûtant trop, on les jette, après les avoir acculés. J’en ai plusieurs autour de moi, de la cinquantaine en particulier, c’est terrifiant.
    Et enfin, cet avis d’une jeune camarade, la trentaine, à qui j’ai envoyé le lien mais qui ne pourra pas venir : « Ca a l’air vachement intéressant le forum du 7 février! Ecouter un avis critique sur l’évaluation des risques psychosociaux en entreprise me permettrait d’avoir un point de vue inédit par rapport au discours auquel j’ai été soumise jusque là (=discours qui vient des boites) . »

  2. Je n’ai rien compris entre le lien entre les TCC et l’évaluation faite par d’autres. Après 15 ans de psychanalyse à tourner en rond et inventer des traumatismes qui n’ont sans doute jamais existé dans mon enfance, j’ai découvert les TCC pendant lesquelles, au lieu d’avoir un thérapeute qui relève des choses invérifiables dans notre passé, je suis passé à l’observation de mes propres pensées et ceci m’a beaucoup aidé. Votre édito sent la mauvaise foi à 1000 kilomètres à la ronde. Vous avez vraiment peur, les psys ringards, d’être dépassés par la modernité?

    • Monsieur,
      A vous lire, la première idée qui me vient est de vous conseiller la lecture d’un texte certes ardu, mais oh combien éclairant.
      Ecrit en 1958, il n’en est pas pour autant ringard. Je le trouve toujours très actuel.
      Et puis, j’aime assez cette petite formule personnelle : « Quand vous êtes à la mode, vous êtes déjà dépassé. » A méditer…
      Texte de Georges Canguilhem
      Qu’est-ce que la psychologie ?
      (Conférence prononcée le 18 décembre 1958 au Collège philosophique à Paris. Parue dans Revue de Métaphysique et de Morale, n°1, 1958, Paris) lien : http://www.psychanalyse.lu/articles/CanguilhemPsychologie.htm

      • M. Smith n’a pas critiqué à psychologie. Il a critiqué la psychanalyse.
        Je suis ravi du psychologue systémique qui nous aide, ma femme et moi. Je suis ravi des résultats obtenus sur mon fils par les psychologues comportementalistes. Je n’ai que mépris profond pour les psychanalystes qui ont voulu enfermé mon fils, qui ont accusé ma femme d’être la cause de ses difficultés, niant l’origine neurologique de son problème et lui refusant donc l’aide dont il avait besoin. Ces même psychanalystes qui ne nous ont rien dit pendant 1 an « parce que [nous n’étions] pas près » ! Imaginez un cancerologue disant la même chose ! « Oui, trop tard pour vous soignez de ce cancer, mais je ne pouvais pas vous en parler plus tôt : vous n’étiez pas près ».
        Donc vive la psychologie, mais à quand un livre noir de la psychanalyse ?

      • Juste pour information, le livre noir existe, mais pour ne pas s’effondrer dans les généralités, l’Anti livre noir peut apporter des éléments de compréhension.

      • Merci pour les références.
        Pour tempérer mes remarques précédentes : j’ai rencontré une psychanalyste qui était tout à fait d’accord avec moi sur une chose : qu’il était fou et irresponsable d’essayer de soigner l’autisme et les TED avec la psychanalyse. Elle avait travaillé 1 an en hôpital de jour et était parti atterrée par ce qu’elle avait vu.
        Donc : la psychanalyse a peut être un intérêt, tout comme la médecine en avait un du temps de Molière. Mais la profession est vérolée à un point qui fait froid dans le dos.

    • Tout à fait d’accord avec monsieur Smith.
      Confronté à des pédopsy psychanalystes depuis deux ans, je ne vois en eux que mauvaises fois, désir de faire coller les malades à leurs modèle théorique, refus d’utiliser des méthodes statistiques pour vérifier leur efficacité sans doute par peur de la remise en question (évidemment, « découvrir » que la psychanalyse est complètement inefficace sur les autistes par exemple, ça leur ferait trop mal). Je ne parle pas des agressions verbales, du mépris, du silence en réponse aux demandes d’explication, ou au verbiage abscons, ne servant qu’à masquer une incompétence, ou au mieux, un incapacité structurelle de se mettre à la portée des gens.
      La psychanalyse est le dernier refuge des médecins de Molière.

  3. …en effet c’est parfois beaucoup plus « simple » pour certains, laisser décider à d’autres à votre place et vous dire ce qui « cloche » en vous et comment en finir. Être dépendant du « dire formaté» et de l’évaluatif des TCC qui vous donnent en fin « la clef » en main pour bien fonctionner » sans symptômes encombrants de subjectivité… est en effet très pratique dans une époque moderne qui ne veut que des individus machines aptes à donner des bonnes réponses à fonctionner et à obéir sans trop se poser des questions… En effet il semblerais que la psychanalyse, la liberté, le courage de s’affronter soi-même et aller chercher ses propres réponses et inventions pour faire avec la modernité écrasante de notre XXIs, en acceptant, oui que parfois nous construisons des fictions que nous font tenir, ne soit pas donnée à tous, et n’est pas pour tous !

  4. Je vous propose de lire une contribution au forum des psys EVALUER TUE du 7 février 2010 à partir d’une soirée organisée à Toulouse dans le cadre de l’Association de la Cause freudienne Midi-Pyrénées : http://apprendredelartiste.wordpress.com/2009/10/23/rien-de-personnel-quel-programme/

  5. Patureau Mirand Marie-Christine

    La psychanalyse ringarde au moins vous a donné du punch et c’est beaucoup. Vive la psychanalyse !

  6. Jusque dans l’oeuf… croire au pouvoir de résistance !
    Il y eu donc un projet de premier article de la loi de prévention de la délinquance d’aller au delà du « zéro de conduite pour les enfants de moins de trois ans » ! Recueillir par des statistiques lors d’un ENTRETIEN OBLIGATOIRE PSYCHO SOCIAL , UNE EVALUATION des signes des enfants qui se préparaient à naître dans l’Hors-Norme ! FAMILLES VULNERABLES pouvait devenir ALERTE !
    Evaluer et produire à l’Hôpital des soins quantifiés et des durées de séjour plus court ..nos statistiques ont servies à fermer des maternités, nos lieux de travail et à réorganiser le plan de la loi HPTS. Sensible à la RGPP réduction des effectifs de fonctionnaires, il nous faut CIBLER les USAGERS QUI VONT ENTRER DANS LES PROTOCOLES AJUSTES DE PRISE EN CHARGE !
    ADAPTER LES MOYENS !
    Cela est faisable lors d’un entretien au 4 ème mois de grossesse réalisé par les sages femmes, qui peut s’avérer un vrai moment pour accueillir un sujet, mais peut se transformer en enquête psycho sociale rigide ! Bref une confusion entre VEILLER SUR et SURVEILLER
    Mais « leure » norme n’est pas de l’or, c’est plutôt une chape de plomb qui va empêcher tout investissement de l’équipe qui voit stigmatiser : mineure, fumeuse, ADDICT ou obèse et se moque bien de savoir pourquoi le symptôme survient ! Reste à distribuer les cartes de visites de toutes les associations TCC qui vont rééduquer le déviant de mère en fille ou de mère en fils ; IL FAUT ET Y QU’A..CACA le REMETTRE DANS LE DROIT CHEMIN !
    UN PEU D’HUMOUR , il nous en faut pour tenir tête aux côchages de cases, aux statistiques sur la dépression post-natale et aux mémoires d’étudiants qui tenteraient bien de s’arracher au simple chiffrage pour faire émerger la subjectivité des patientes…Mais… Me Reboul rendant compte dans un texte de cette pauvre étudiante coincé entre son désir impossible à nommer et la rigidité d’un système d’enseignement !
    Et bien je continue à proposer aux étudiantes , un autre regard, de réfléchir à : qu’est-ce qu’on transmet et pourquoi on transmet ? Pour quel usage, et quelle demande émerge du discours de la patiente ou du père, au court de cet entretien.
    Je m’emploie à témoigner de l’influence de la psychanalyse sur l’accueil réservée au bébé et surtout au désir qui l’a précédé ! Je me réjouis des collaborations avec cette formidable journée de Clermont Ferrand ! Et j’apporte mon témoignage en préparant la journée de Louviers sur l’EXIL sur la position d’une analysante sage femme pour faire d’un groupe post natal un lieu d’accueil de cet exil de chacun, en cette période troublée où un enfant est venue remanié la subjectivité de chacun des deux parents.
    Pour moi pas de PARENTALITE, ce drôle de néologisme résonne avec FATALITE et où est l’émergence du sujet ? J’espère apporter ma modeste contribution à lutter contre l’évaluation. Les effets de ces moments où l’attention est portée sur le désir de chacun, humanise ce bébé et fait émerger de ces rencontres des Actes qui peuvent parfois limiter la Jouissance. Aucune vrai démarche de chiffrer les évènements , mais la parole du sujet qui vient nommer un petit déplacement et apaiser l’inconfort de la découverte du NON RAPPORT ou tempérer d’une voix plus douce ou d’un regard qui se détourne les effets d’un surmoi ravageur.
    Ouvrir vers un PAS de plus, la psychanalyse comme solution à l’énigme qui taraude cette femme, une femme dans sa singularité.
    Aucune évaluation pour dire ce qui se joue de la place de l’enfant entre la mère et la femme…
    Mais partager la lecture du texte de JA Miller conférence de Lausanne du 2 juin 1996 : « l’enfant et l’objet « publiée dans la petite girafe N°18 et travailler avec un certain enthousiasme dans l’ACF en Normandie comme dans le Champ freudien !
    Je serai au Forum !!

  7. Qu’aurait dit Baudelaire du ce phenomen de l’evaluation? Un voyage?

     » « le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
    Une oasis d’horreur dans un desert d’ennui! »

  8. Vous dites « la psychanalyse » comme si ce terme recouvrait une pratique unique. Ce n’est pas le cas, surtout quand on parle de la pratique avec les autistes. En tant que praticien et doctorant dans le domaine du traitement de l’autisme, je vous recommande chaleureusement la lecture de « l’autiste, son double et ses objets » qui vous fera, si vous le souhaitez bien sur, découvrir au-delà des préjugés qui circulent ce qu’est un traitement moderne de l’autisme éclairé par la psychanalyse:
    http://www.amazon.fr/Lautiste-son-double-ses-objets/dp/2753507708

    • Merci, je l’ai déjà lu.
      Un livre qui montre que si les psychanalyste étaient des garagistes, ils répareraient les moteurs seulement en les écoutant et en les regardant perdre leur huile.
      Mais avec plein de bonne volonté, je le reconnais.
      Et bien sûr, des théories désapprouvées dans le monde entier, mises en application sans protocole scientifique, contrairement à ce qu’on fait dans n’importe quel champ médical qui se respecte, pas de diagnostique au sens médical du terme.
      Et cette étrange impression que là encore, on accuse les mères d’être les responsables de l’état de leurs enfants (idiotie abandonnée preuves à l’appui depuis 40 ans dans la plupart des pays civilisés). Je ne parle pas de la réfutation des causes génétiques. C’est amusant de voir avec quelle facilité des psychanalystes peuvent réfuter la théorie génétique, alors qu’aucun science n’a jamais validé leur propre modèle de l’autisme.
      Désolé, mais si vous voulez aider les autistes à s’en sortir, lisez plutôt des ouvrages de Baron Cohen, de Tony Attwood ou éventuellement de Temple Grandin.

      • – l’autiste n’est pas un moteur, c’est un humain, qui parle le plus souvent. Se savoir écouté et entendu a des effets, contrainrement à un moteur. en plus on leur parle, mais vous n’avez pas l’air de croire dans les effets de la parole, donc je passe sur cette négation de la spécifité humaine
        – « désapprouvées dans le monde »: nombre n’est pas vérité, voir Galilée.
        – pas de protocole: le protocole ne fait pas preuve en science humaine, dont la non exactitude est précisément la condition de sa rigueur pour se conformer à son objet (E. Renan).
        – « pas de diagnotique »: il aura échappé à votre sagacité que cette question est évoquée dès le premier article ? voir les autres articles de Maleval (facile sur internet).
        – « mères responsables »: argument réfuté dès l’introduction, décidément il faudrait relire. Je suis cependant désolé si vous êtes tombé sur des pseudo-psychanalystes qui disent que c’est à cause de leur mère votre enfant est autiste, je suis le premier à les critiquer et à récuser leur prétention à se dire analystes. Mais qu’on ne vienne pas sortir Bettelheim à toutes les sauces, Lacan n’est pas Bettelheim, la différence se voit à la première page.
        – la génétique: que les généticiens apportent des preuves « scientifiques », qui vont plus loin que la confusion entre causalité et co-occurence.
        – merci pour la lecture, c’est déjà fait: en ouvrant Grandin ou DOnna Williams on s’aperçoit à toutes les pages de leurs formidables inventions. D’ailleurs Williams a été considérablement aidée par une psychanalyste. Mais c’est d’une autre subtilité que le bulldozer du protocole.

      • « se savoir écouté a des effets », « le bulldozer du protocole »… avez-vous essayé ce protocole que vous rejetez ?
        Si vous me dites « j’ai testé l’ABA pendant 3 ans et j’en ai déduit que c’était mauvais pour les enfants » alors je considérerai que vous pourrez parler en connaissance de cause.
        Parlez nous de vos expériences en la matière. Ce sera enrichissant. Et en échange, je pourrai vous parler des familles que je connais qui ont été démolies par les méthodes des psychanalystes, et par celles qui n’ont pas été démolies, mais qui ont vu leur enfant végéter dans leur état.
        Ce qu’on adorerait voir, nous les parents, de la part de la psychanalyse, c’est l’ouverture vers les méthodes éprouvés.
        Car oui, le plus grand nombre n’a pas toujours raison. Mais les entêtés et les aveugles non plus !

      • Je défends ce que je pratique, car j’en constate les effets. APrès 5 ans de travail dans un hopital de jour orienté par la psychanalyse (mais, dirait-on, pas celle que vous avez rencontré, je le déplore), qui accueille notamment des enfants et adolescents autistes et qui s’appuie sur leurs créations pour investir le monde, j’ai pu voir par exemple:
        – un adolescent autiste qui après une prise en charge de 10 ans réintègre le milieu scolaire normal en lycée avec d’excellents résultats. nous l’avons soutenu dans son organisation du monde par le chiffrage, ça va lui permettre de devenir scientifique.
        – un autre qui est maitenant passionné de photographie et d’histoire, et grace au savoir qu’il a accumulé va en faire son métier.
        – un autre qui a partir de son savoir systématique sur les animaux, puis sur les BD a pu se socialiser de façon importantes en se créant lui même ses propres modèles de comportements
        ceci est loin d’être exhaustif, et je pourrais citer quantité d’autres exemples de patients, et que des exemples, car je considère qu’en la matière il n’y a que des sujets singuliers. c’est à partir de leurs intérêts et de leur inventions pour parler ou interagir, que nous nous appuyons pour rentrer en contact avec eux et les ouvrir au monde, et non à partir d’une idée préalable de comportement. ABA a peut être certains effets, mais nous considérons que rien ne vaut la solution que le sujet s’invente lui même ; et pas besoin d’attendre des années pour cela, il suffit d’être observateur, attentionné, inventif et curieux de leurs trouvailles, ce qui implique de se laisser enseigner par eux.

  9. Dans son texte de 1958, intitulé « Qu’est-ce que la psychologie ? » (transcription d’une conférence), Georges Canguilhem, qui est philosophe, s’interroge sur le statut de cette discipline. Si la psychologie est scientifique, comme elle le prétend, ou comme elle aspire déjà à se présenter en 1958, alors comme toute science, elle doit avoir son objet et sa (ou ses) méthodologie(s).

    Après avoir retracé l’hisoire de cette « science de l’âme », le philosophe aborde plus particulièrement « la psychologie des comportements », et son propos devient particulièrement éclairant.

    J’ouvre ici une parenthèse avant de poursuivre l’explication des propos de G. Canguilhem. Ceci semble aller de soi, mais je rapelle brievement le lien entre comportement et évaluation : à partir du moment où vous souhaitez agir sur des données observables, c’est-à-dire sur un comportement α, il vous faut noter sa récurence, les conditions d’apparition, les renforcements positifs ou non, etc… bref tout une série de chiffres que vous pouvez moyenner afin d’en « évaluer » la variabilité dans le temps et en fonction des effets du « traitement ».

    Revenons à Georges Canguilhem.
    S’interrogeant sur la psychologie du comportement et par delà sur les praticiens de cette science, à savoir les psychologues, il note :

    « on doit reconnaître que le psychologue contemporain est, le plus souvent, un praticien professionnel dont la « science » est tout entière inspirée par la recherche de « lois » de l’adaptation à un milieu socio-technique – et non pas à un milieu naturel – ce qui confère toujours à ses opérations de « mesure » une signification d’appréciation et une portée d’expertise. De sorte que le comportement du psychologue du comportement humain enferme quasi-obligatoirement une conviction de supériorité, une bonne conscience dirigiste, une mentalité de manager des relations de l’homme avec l’homme, et c’est pourquoi il faut en venir à la question cynique : qui désigne les psychologues comme instruments de l’instrumentalisme ? À quoi reconnaît-on ceux des hommes qui sont dignes d’assigner à l’homme-instrument son rôle et sa fonction ? Qui oriente les orientateurs ? »

    De cette pratique de la mesure, G. Canguilhem en vient donc à s’interroger sur le but véritable de cette démarche, à savoir, à qui profite-t-elle ? Et il poursuit :

    « La psychologie repose bien toujours sur un dédoublement, mais ce n’est plus celui de la conscience, selon les faits et les normes que comporte l’idée de l’homme, c’est celui d’une masse de « sujets » et d’une élite corporative de spécialistes s’investissant eux-mêmes de leur propre mission. »

    Et il conclut quant à sa place de philosophe questionnant celle du psychologue :
    « La philosophie se conduit, ce faisant, avec sa naïveté constitutive, si peu semblable à la niaiserie quelle n’exclut pas un cynisme provisoire, et qui l’amène à se retourner, une fois de plus, du côté populaire, c’est-à-dire du côté natif des non-spécialistes. »

    Philosophes et psychanalystes se rejoingnent, me semble-t-il, en cela, qu’ils se situent du coté du « populaire », et des « natif des non-spécialistes ».
    Le populaire du psychanalyste vient de son engagement dans la cité, de la vison politique qu’il peut avoir le cas échéant sur la société dans laquelle il vit. Si il devait être spécialiste de quoi que ce soit, ce serait de ne pas savoir, car de savoir, il n’y en a qu’au cas par cas, au singuilier.

  10. D’un côté…Il y a ceux qui n’ont jamais entendu parler de la révolution cognitive. Il y a ceux qui n’ont jamais lu l’oeuvre de Rogers (fondateur des thérapies humanistes), il y a ceux qui réifient la Science comme un monstre.

    D’une autre côté…Il y a ceux qui ont lu Claude Bernard et qui connaissent les valeurs des hommes de sciences. Il y a ceux qui cherchent à comprendre comment vivre une vie en direction de leurs valeurs (i.e., psychologie positive, thérapie de l’acceptation et de l’engagement) et qui utilisent des moyens de mesure, en toute logique, ce sont des hommes de sciences! Il y a ceux qui cherchent à savoir s’ils ne sont pas dans le faux, qui cherchent à donner aux gens les meilleurs alternatives, qui cherchent à s’assurer en toute humilité s’ils ne commettent pas des erreurs. Cela ont recours à des méthodes d’évaluation !
    Choisies ton camp camarade !

  11. « Revolution cognitive ». Ai-je bien lu? « Temps de Moliere »–aussi, bien lu? Il ne s’agit pas de « soigner », non. Il ne s’agit pas de croire aux « revolutions », non plus. Voyez ce que c’est la « Revolution d’Octobre »–« reve d’or ». Les revolutions, comme le nom l’indique, portent les choses au meme point d’ou elles avaient ete auparavant.
    Il s’agit por moi–selon mon propre cas– de quel est le bon chemin pour « me soigner ». Si L’autiste pose un probleme ethique, il n’est pas le probleme du « frait dans le dos » d’un esprit compassione. Le probleme est comment il arrivera a « se soigner » sans aucune evaluation des « aterres ». Et il y a bin sur pas peu des temoignes. Ca continuera.

  12. Dis donc! J’ai vraiment déclenché quelque chose!

    Pour information j’ai été diagnostiqué l’année dernière à l’âge de 54 ans comme ayant un TED-NS par une neuropsychiatre et une psychologue spécialisées dans les TED. J’avais passé 15 ans avec des psychothérapeutes traditionnelles qui ignoraient totalement l’existence des TED. Ce que je reproche aux psy est leur refus de accepter que la science bouge, qu’il pourrait se remettre en question. Ces 15 ans ont certes libéré la parole, mais quelle perte de temps! Les TED ont commencé à être connus dans les années 1990 dans les pays anglo-saxones. La formation des psy continue en France à refuser l’idée des TED, qui sont d’origine multi factorielle, y compris génétique et neurologique.
    Je ne comprends pas ce refus de la profession d’intégrer de nouvelles découvertes.
    Je ne suis pas professionnel et mais tout ce que je sais est que depuis un an je vais beaucoup mieux grâce aux TCC. Personne ne m’évalue sauf moi-même. Le diagnostique même est la moitié de la guérison, car je sais que je ne suis pas un être faible, mais quelqu’un de différent qui a des forces insoupçonnables. C’est grâce aux TCC que je vais peut-être pouvoir accomplir mon ambition, écrire un livre qui sera très utile aux profs de langue.

    Et savez-vous qui m’a mis sur la piste d’un TED? C’était une spécialiste anglaise! C’est grâce au fait que je suis d’origine britannique que j’ai eu la chance de trouver la raison de mes souffrances. Remettez-vous en question, les psy français! Arrêtez votre procès d’intention contre les TCC! Ou avez-vous trop peur de perdre votre clientèle au profit d’un professionnel qui fait un peu plus qu’écouter parler?

    Allez, les Français! Où est l’esprit de Voltaire? C’est vous l’Ancien Régime! Vive la révolution des TCC!

    Martin

  13. TCC ?

    http://www.tcc-france.net/

    Que peut faire la psychanalyse contre les sous-marins comportementalistes qui l’envahissent ?

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