OPA des TCC sur le marché du stress, par Alice Delarue

Rush sur le stress au travail
Octobre 2009. Suite à la vague de suicides qui a touché France Télécom, le ministre du Travail somme les grandes entreprises d’engager des négociations internes sur le stress au travail d’ici à février 2010. L’ouverture de la chasse a sonné pour les cabinets de gestion des « risques psychosociaux » qui se disputent un marché juteux au milieu d’entreprises aux abois, pressées de démontrer leur activisme en matière de prévention.
Sur la ligne de départ, les mieux placés sont ceux qui ont les faveurs de la Direction générale du travail et des directions d’entreprises, en l’occurrence les cabinets d’orientation cognitivo-comportementaliste comme Technologia, ou encore Stimulus. Son directeur, Patrick Légeron, est l’auteur d’un rapport sur les risques psychosociaux commandé par le ministère. Après avoir infiltré la santé, l’éducation, et bien d’autres domaines, les tcc s’attaquent maintenant à la prévention du stress au travail.
Une affinité naturelle
Lorsque l’on regarde d’un peu plus près l’histoire de ces officines du stress, on s’aperçoit qu’il s’agit pour la plupart de cabinets classiques de formation et de gestion des ressources humaines, spécialisés dans le conseil en management, notamment dans la gestion des plans sociaux et récemment réorientés dans la prévention des risques psychosociaux – nouveau marché porteur en ces temps de faible recrutement – en s’adjoignant des experts psychiatres, généralement técécéistes. La boucle est bouclée : le comportementalisme s’était, par une affinité naturelle avec le taylorisme, implanté dans les usines américaines afin d’augmenter la productivité des ouvriers1 – et c’est très logiquement que cette alliance, devenue celle du management et des tcc, avait perduré après le tournant gestionnaire des années 80 –, le voilà maintenant intronisé expert es stress. Or, le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont jusqu’ici pas combattu les causes premières de la souffrance au travail, à savoir le management par le stress, considéré comme facteur de motivation2, et l’évaluation individualisée par objectifs, faite pour « tirer » l’individu vers le haut et le pousser à s’améliorer en permanence. Stimulus est ainsi intervenu, il y a quelques années, chez ibm ou France Télécom pour prévenir le stress, sans que soient remises en cause les méthodes très contestées d’évaluation dites de « direction participative par objectif », importées des usa dans les années 80.
Soigner le mal par le mal
Ce sont donc les mêmes experts qui interviennent avant et après pour traiter ce qui a échappé et échappera toujours à leurs statistiques et questionnaires, la souffrance des salariés, rebaptisée « risque psychosocial » pour l’individualiser et évacuer l’idée qu’elle pourrait être liée à l’organisation du travail. Un consultant de l’Ifas le dit clairement : « On ne mesure pas les facteurs de stress car ça crée des revendications syndicales auxquelles les directions ne savent pas répondre. Notre job consiste à agir, à contrainte égale, sur les comportements. Car l’instance de régulation du stress, c’est le management »3.
Pour les tenants des tcc, le stress est un trouble comportemental, une faute d’apprentissage, voire une faiblesse biologique. Leurs programmes sont donc centrés sur sa gestion, au moyen de techniques de relaxation ou de coaching, qui visent à ce que le salarié développe sa confiance en lui, ses compétences à supporter les tensions. Bref, à ce qu’il ajuste ses comportements à la situation. La mise en place d’une ligne d’écoute et la formation des managers au repérage des risques suicidaires complètent habituellement le dispositif.
Le management étant en partie fondé sur l’emprise individuelle, il s’agit pour les entreprises d’escamoter la dimension collective qui pourrait conduire à des mouvements sociaux. Point de convergence avec les officines tcc (Stimulus précise ainsi que ses formations « tiennent compte du contexte et des objectifs et respectent la culture et l’organisation de l’entreprise »). L’alliance est bel et bien consommée, cqfd.
par Alice Delarue, publié dans LNA 10
1    cf. Agnès Aflalo, « L’évaluation : un nouveau scientisme », Cités, n° 37, 2009, p. 79-89.
2    Comme le dit Richard Thibodeau, consultant tcc : « créer un environnement qui supporte le stress positif en éliminant le stress négatif permet d’optimiser le rendement de votre ressource la plus importante : la ressource humaine »,
Publicités

Ultimate fight, par Anaëlle Lebovits

L’évaluation les a tués
Le « management par le stress » appuyé sur l’évaluation, la quantification et le comportementalisme a montré ses effets. On ignore si les employés rompus à ces méthodes sont aujourd’hui plus rentables qu’autrefois – on peut en douter –, mais on sait en revanche, qu’ils dépérissent. Yonnel Dervin vient de faire paraître Ils m’ont détruit ! Le rouleau compresseur de France Télécom. Il n’est pas seul à dire les humiliations et vexations qu’inflige le management « rationnel » auquel cèdent trop d’entreprises de l’hexagone. Car comment procède-t-il, ce management ? Pour réduire les coûts de production, il entend réduire les salariés au seul comportement pour lesquels ils sont rémunérés. Ce que la machine ne peut faire, des hommes le font, mais si possible comme des machines. Tout ce qui distingue l’humain du robot programmé pour exécuter sa tâche est ainsi abrasé, éradiqué, interdit. Désubjectiver l’employé pour plus de rentabilité, voilà le programme des réjouissances. À ce titre et en toute logique, ce qui les distingue les uns des autres – leurs sentiments, leur histoire, leurs conceptions, leurs émotions – n’a plus droit de cité au travail. Pour un manager en quête de rentabilité, un employé se réduit au maillon interchangeable d’une chaîne de production. La disparition pure et simple de la scène dont s’éjectent les suicidés interprète le discours managérial. « Tu peux me remplacer, eh bien, vas-y, remplace-moi », dit le mort, d’entre les morts.

L’expertise les tue à nouveau
Malgré ce dont témoignent les rescapés (ceux qui se sont ratés), certains de nos contemporains, des savants, expliquent tout autrement l’épidémie de suicides qui frappe notre époque : ceux qui se tuent auraient rencontré un risque « bio-psycho-social », la mort qu’ils se donnent est le résultat d’une série de causes extérieures au sujet (1). Disons-le, l’expert en santé mentale ne traite pas mieux ici le sujet que le manager qui l’a acculé au suicide. Pas plus que lui, il n’envisage le suicidé comme un sujet s’étant donné la mort, mais comme un être désubjectivé qui a été extérieurement déterminé à procéder de la sorte. Nulle subjectivité à l’œuvre, nul choix, fut-il forcé, ne préside à l’acte funeste. Mort pour rompre avec la désubjectivation dont il est l’objet, sa mort même est désubjectivée. Une fois mort, on entend continuer à le déresponsabiliser. Sous le coup du regard de l’expert, le suicidé meurt une seconde fois. Le discours des experts donne bel et bien raison au discours managérial : si un homme n’est que la somme des facteurs qui le déterminent – facteurs bio, psy, et social – alors, oui, il est éducable, réductible au travail de la machine, et programmable comme elle. Et alors, ce n’est pas un sujet qui meurt avec le salarié, mais la somme des déterminations qui le constituent.

Avec La Boétie et Lacan
Je ne cesse, moi, de m’étonner du tragique succès de cette tyrannie qu’exerce l’évaluation sur les salariés de France. En se tuant, le salarié joue pourtant sa partie. Au moment même où il s’y soustrait et lui échappe définitivement, il cède au discours managérial, s’immole sur l’autel de l’évaluation. Le salarié brisé révèle avoir adopté l’œil de l’évaluateur pour lequel il n’était jamais assez performant. Déprimé, il se mire de son regard dépréciateur. Les condamnations dont il était l’objet se muent en auto-condamnations. Seul un sujet peut consentir à ce qui lui fait du tort, épouser les vues de son bourreau. « Les bêtes […] ne se peuvent accoutumer à servir, qu’avec protestation d’un désir contraire », notait La Boétie il y a cinq siècles. Au moment où il consent à la demande qui lui est faite de se déposséder de son humanité, dans et par ce consentement même, il fait signe d’une subjectivité. « Le suicide est le seul acte qui puisse réussir sans ratage, indique Lacan. Si personne n’en sait rien, c’est qu’il procède du parti pris de ne rien savoir ». Le suicide est donc une réponse, une réponse silencieuse certes, mais une réponse tout de même. Une seule voie peut redonner dignité et fierté à ceux de nos contemporains qui perdent le nord sous la férule de l’évaluation : s’aviser que le tyran ne prospère que d’un certain consentement, que seule une servitude volontaire lui permet de rester aux commandes. Le tyran a une tête. Il faut la lui couper. Prendre en considération la dimension de la servitude volontaire, c’est dire que derrière chaque salarié, chaque évalué et rééduqué de France, il y a bel et bien un sujet.
Par Anaëlle Lebovits, publié dans LNA 10

(1) Cf. l’éloquent schéma p. 77 de « La santé mentale, l’affaire de tous ». Pour une approche cohérente de la qualité de la vie, rapport récemment remis à Nathalie Kosciusko-Morizet, par Viviane Kovess & Co.

Editorial d’Agnès Aflalo, LNA n°10

Boiter n’est pas un péché
La science et le capitalisme sont unis pour le meilleur et pour le pire depuis leur avènement.  Mais, c’est après la Seconde  Guerre, au Japon, qu’ils ont enfanté  le monstre de l’évaluation.  Elle s’est ensuite répandue comme  une traînée de poudre dans le  monde grâce aux adeptes des TCC.  Ils rêvent, en effet, de traiter le  personnel de l’usine comme les   moteurs qu’ils fabriquent pour améliorer la productivité. La  culture de l’évaluation repose sur l’idée simple qu’il n’y a  presque pas de différence entre l’humain et l’objet. Simple  question de qualité à chiffrer. La qualité est alors devenue le  maître-mot au nom duquel la traque des vivants a commencé,  car la qualité, qui fait la différence, c’est la vie elle-même.
L’évaluation – avec sa culture du tout chiffrable – n’est pas  seulement rebelle à la vie, elle la pourchasse jusqu’à la mort.   D’abord, elle supprime la parole et la remplace par des questionnaires  à cocher. Puis, elle traque la libido avec des calculs  loufoques qui prétendent venir à bout de son opacité pourtant  irréductible et paralysent ainsi le mouvement même qui anime  chaque vivant. Stigmatiser l’activité « en trop », à rééduquer,  n’est que la partie visible de la machine de chiffrage qui mortifie  chaque vivant au nom de la quantité. Enfin, l’évaluation  accélère la dématérialisation du lien social à coup de télé- transmissions en tout genre. Privé de parole, de possibilité de  mouvement, et amputé du corps à corps salvateur, le malaise  cristallise en désespoir conduisant au suicide. Du jardin  d’enfants aux maisons de retraite, pas un citoyen n’échappe  aux faux prophètes de l’évaluation. Aucune autre culture ne  produit autant de morts en temps de paix.
En cinquante ans, la culture de l’évaluation a colonisé les  plus nobles institutions de nos démocraties : économie, université,  justice, santé, etc. personne n’échappe à l’endoctrinement  ravageant de l’évaluation au point que la liberté,  véritable peau de chagrin, rétrécit au lavage de cerveau en  règle qu’elle lui administre de force. La crise financière donne  pourtant l’idée du bénéfice à tirer de telles évaluations. Le   consommateur étouffe le citoyen dont le rêve démocratique  s’étiole. La crise des universités montre à quel point le savoir  est gangréné par l’évaluation qui le réduit toujours plus à des  martingales de chiffres aussi ineptes qu’inutiles. La justice  risque, elle aussi, de succomber depuis que les experts en évaluation  de l’âme ont décidé de passer au-dessus des lois pour  imposer la leur : incarcération et maintien en détention à leur  idée et non pour crime ou délit.
La vraie prise du pouvoir a eu lieu en 1978, à l’OMS.   C’est à ce moment-là que les adeptes des TCC ont inauguré le  règne d’une bureaucratie folle qui a ensuite gangréné les autres  administrations d’Europe. En remplaçant l’idée de  maladie mentale par celle de santé mentale, les adeptes des TCC  ont ouvert l’ère de la psychiatrisation forcée de nos sociétés.  Car, depuis lors, ce sont les préjugés des psychiatres qui  décident ce que doit être le bonheur conforme à La santé  mentale et qui dictent ainsi la politique de santé publique.  Chaque citoyen se voit donc appliquer, comme pour les  moteurs, la loi du zéro défaut. C’est à peine possible dans le  monde inanimé des objets, alors pour les humains, le défaut  qu’est la vie doit cesser. Une fois admise l’identité du carnet  de santé d’un moteur et d’un humain, la santé mentale est  calculée grâce au symptôme biopsychosocial et autres risques  psychosociaux. Ils ont été fabriqués pour faire entrer chacun  dans des catégories à normaliser au nom de ladite santé  mentale. Plus l’évaluation fait croire que le bonheur, c’est  plein d’avoir dans les armoires et plus elle impose son diktat  aux êtres. Alors, il n’y a plus d’autre choix que de se  conformer ou de disparaître. Le rapport du Centre d’Analyse  Stratégique sur la santé mentale montre à quel point l’évaluation  est devenue un État dans l’État. Elle veut gouverner  sans l’avouer aux politiques qu’elle prétend servir et sans  risquer le verdict des urnes.
Dans cette folle lutte contre les défauts humains, l’acte et  ses effets incalculables sont rejetés. Les suicides de masse  démontrent qu’il ne manquera jamais d’Antigone pour le rappeler  et refuser la soumission au Créon bureaucrate qui a pris  le pouvoir en silence. Seul un acte politique pourra faire cesser  le massacre. Ne peut-on, d’ici-là, se souvenir que, même  pour les Écritures, boiter n’est pas un péché ?
Agnès Aflalo

Le Nouvel Âne n°10

LNA 10 est paru !
Il est disponible sur www.ecf-echoppe.com et dans toutes les bonnes librairies.

France télécom, mode d’emploi

France Télécom, mode d'emploi

LE 15 OCTOBRE 2009, PAR BERNARD-HENRI LÉVY, POUR LE POINT

Bien sûr, tout suicide est un mystère.Bien sûr, rien n’est plus hasardeux, périlleux, voire odieux, que de vouloir interpréter, après coup, des actes souvent sans paroles et qui choisissent, dans ce cas, de se refermer sur leur propre secret.
Et bien sûr que, dans ce mystère, la souffrance la plus subjective, personnelle, intime, indicible, inavouable, a toujours, et forcément, sa part.
N’empêche.
Ces désormais fameux suicides d’entreprise qui endeuillent France Télécom (mais aussi telle banque, tel Renault ou Peugeot, quand ce n’est pas l’Education nationale…) sont un phénomène nouveau, apparu il y a dix ans, et qui a donc, par définition, des raisons et une logique nouvelles.
Le peu que l’on en sait, le peu que nous en disent les premiers résultats des enquêtes menées, sur le terrain, par les médecins, chercheurs ou sociologues du travail qui se sont penchés sur ces drames, indique que les 24 désespérés de France Télécom n’étaient ni particulièrement vulnérables, ni officiellement déprimés, ni notoirement malheureux en famille, en ménage, en amour.
Et puis, surtout, on peut prendre le problème par le bout que l’on voudra : se suicider ainsi, choisir d’aller mourir, non plus sur un pont, dans une gare, ou dans le huis clos de sa chambre à coucher, mais dans son bureau, se tuer littéralement, donc, au travail, balancer son propre cadavre aux pieds de son employeur et lui en faire le cadeau ultime et empoisonné, s’immoler sur l’autel d’un corps collectif auquel on a consacré une grande part de son existence et qui est devenu, à ses propres yeux, un nouveau monstre froid qui, comme les dieux d’Anatole France, a soif du sang de ses membres – le message est assez neuf et, dans certains cas, quand le suicidé laisse une lettre, assez explicite et clair pour que l’on prenne la peine de s’y arrêter et que l’on en finisse, une bonne fois, avec la politique de l’autruche.
Car ce que révèle cette épidémie de suicides c’est, en vérité, trois choses.
1. Une forme de pression – les salariés disent de harcèlement ou de management par le stress et par la peur – qui n’existait sans doute pas au même degré dans le monde d’hier.
2. L’importation, dans l’univers de l’entreprise, d’une culture de l’évaluation dont nous sommes quelques-uns, avec Jean-Claude Milner et Jacques-Alain Miller (« Voulez-vous être évalué ? », Grasset, 2006), Agnès Aflalo (« L’assassinat manqué de la psychanalyse », Ed. Cécile Defaut, 2009) ou Charles-Yves Zarka (Cités, numéro 37), à avoir annoncé, depuis des années, que c’était, à la lettre, une culture de mort et pour la mort.
3. Le déclin, enfin, des systèmes de solidarité qui, autrefois, faisaient tampon et que cette idéologie de l’évaluation, c’est-à-dire de la performance individuelle, c’est-à-dire du « chacun pour soi » et, pour autrui, du « marche ou crève », a méthodiquement dévastés : combien d’ouvriers démoralisés, affaiblis, défaillants, que, jadis, les collègues protégeaient ? combien de zingueurs, combien de Coupeau ou, plus exactement, d’anti-Coupeau à qui les copains d’« Assommoir » pouvaient dire « tu as trop bu, faut pas monter ce matin, on va y aller à ta place » ? combien, il y a quelques années encore, d’employés prêts à lâcher la corde mais qu’une chaîne d’amitié et d’entraide maintenait, vaille que vaille, dans le circuit ? tout cela a volé en éclats sous le double coup de l’agonie des syndicats et de la montée en puissance de cette culture de l’égoïsme ; rien de cela ne fonctionne plus dans la nouvelle cordée sociale basée sur la mobilité forcenée et l’émiettement des postes ; on y est aussi seul, aussi désespérément et définitivement seul, que, naguère, chez les paysans, à l’époque où c’étaient eux qui, pour les mêmes raisons, au plus fort de l’exode rural, détenaient le triste record du nombre de suicides au travail.
Alors, il faut, je le répète, se garder de surinterpréter.
Il faut résister à la tentation de trouver un coupable, un
seul, dont la désignation, par enchantement, résoudrait tout.
Et même si des mots ignobles ont été prononcés, même si la formule du patron de France Télécom réduisant cette vague de suicides à une « mode » (et, ensuite, s’en excusant) est, évidemment, inqualifiable, il faut éviter de faire de quiconque un bouc émissaire.
Mais qu’il y ait là un problème qui, au moins autant que la crise des subprimes et autres hedge funds, oblige à s’interroger sur notre modèle économique et social, voilà qui est incontestable.
La sociologie moderne, après tout, est bien née, avec Durkheim, à partir d’une réflexion sur le suicide.
C’est bien un autre livre sur le suicide, celui de son disciple Maurice Halbwachs, qui a, un demi-siècle plus tard, jeté les bases des représentations de la société sur lesquelles nous vivons aujourd’hui.
Et je ne vois donc pas pourquoi nous nous priverions, dans le droit-fil de Durkheim et Halbwachs, d’une réflexion sans concession sur le nouveau malaise social, le malaise grandissant dans la civilisation, dont témoignent, qu’on le veuille ou non, ces tragédies en série.
Le pire serait de ne rien dire et de banaliser.
Le pire serait de considérer le phénomène comme faisant partie des risques du métier ou, plus horrible encore, de le noyer dans des statistiques de « mortalité nationale » aussi absurdes qu’indécentes.
Ce serait tuer une deuxième fois les morts de France -Télécom que de refuser le miroir qu’ils nous tendent.